Quand j’ai commencé les cours de français il y a 8 ans, je me souviens du sentiment triomphant de rentrer à la maison en ayant appris à dire un mot complexe en français. Un jour, j’ai décidé de regarder des films français pour m’entraîner davantage avec la prononciation et l’oral. J’ai eu la chance de trouver un film de Jean-Luc Godard sur Youtube. C’est alors que le site me proposa de regarder des films avec un style similaire. Ainsi, je suis tombée amoureuse de la Nouvelle Vague – au point de regarder 2 films par jour ! J’aimais l’esthétique visuelle, les aventures ambiguës et imaginaires, mais surtout les longues et belles conversations (et les silences) sur la vie et l’amour.

Je dois admettre qu’il y a des films que j’ai regardés tellement de fois que je me rappelle les conversations par cœur. Et j’utilisais quelques phrases dans ma vie de tous les jours, pour parler aux gens que je rencontrais au début de mon voyage en France, car je n’étais pas assez à l’aise avec la langue.

  • « Vivre sa Vie » de Jean-Luc Godard.

Le film « Vivre sa Vie » de Godard a le dialogue le plus exquis entre le personnage principal, Nana (Anna Karina) et un philosophe. Et ce n’est pas scénarisé, c’est une conversation improvisée. Nana dit: « Tout à coup, je ne sais pas quoi dire. Ça m’arrive très souvent. Je sais ce que je veux dire, je réfléchis avant de le dire pour savoir si c’est bien ça qu’il faut dire. Mais au moment de le dire, je ne suis plus capable de parler. Pourquoi est-ce qu’il faut toujours parler ? Moi je trouve que très souvent on devrait se taire, vivre en silence. Plus on parle, plus les mots ne veulent rien dire« . Très beau, n’est-ce pas ? Mais peut-être pas le type de conversation que vous attendez de quelqu’un que vous venez de rencontrer.

Anna Karina et le philosophe dans un café
  • « Les 400 coups » de François Truffaut.

« Les 400 coups » de François Truffaut, raconte l’histoire d’un jeune garçon, Antoine Doinel, incompris et tourmenté par ses parents et ses professeurs. Ce film, très autobiographique, définit la Nouvelle Vague de la caméra stylo, dont le style d’écriture peut permettre au cinéaste de s’exprimer aussi personnellement que la plume d’un romancier.

Antoine Doinel à l’école

Truffaut a suivi la vie fictive de Doinel (Jean-Pierre Léaud) pendant plus de 20 ans avec « Antoine et Colette », « Baisers Volés » – dans lequel il tombe amoureux de Christine Darbon, « Domicile Conjugal » du couple marié Antoine et Christine – et enfin « L’Amour en Fuite », où le couple divorce. Grâce à ces épisodes, nous apprenons à connaître, à comprendre et à accepter le personnage – malgré ses défauts – car nous réalisons qu’il grandit et qu’il apprend en cours de route.

Ma scène préférée est celle où il se trouve devant un miroir répétant le nom de son amante, le nom de Christine, puis son propre nom encore et encore. Antoine Doinel, Antoine Doinel, Antoine Doinel … cela montre une manière de comprendre les sentiments à travers des mots.

Antoine Doinel répéte son nom devant le miroir

Fun fact: quand j’ai rencontré mon mari pour la première fois et qu’il m’a dit qu’il s’appelait Antoine, j’ai immédiatement demandé s’il connaissait ce personnage. J’ai vu Antoine Doinel grandir, il est donc pour moi presque comme un ami d’enfance.

  • « La Collectionneuse » de Eric Rohmer.

Le film d’Eric Rohmer, « La Collectionneuse », fait référence à une collectionneuse (d’hommes en l’occurrence), Haydée, qui vit dans une villa avec deux hommes plus âgés, Adrien et Daniel. Ils taquinent et ridiculisent Haydée, qui couche à droite et à gauche avec une aisance insouciante qui trouble la plus grande sensibilité des ces hommes. Ce film fait partie des Contes Moraux de Rohmer, qui démontre que ses personnages n’étaient pas voués à faire des choses évidentes et réserve la possibilité de réfléchir au sens de leurs actions. Ils n’étaient pas invariablement moraux, et leur prétendue moralité n’était pas forcément plus acceptable.

Adrien dit: « J’ai trouvé la définition de Haydée, c’est une collectionneuse. Haydée, si tu couches à droite et à gauche comme ça sans préméditation, tu es l’échelon le plus bas de l’espèce, l’exécrable ingénue. Maintenant si tu collectionnes d’une façon suivie avec obstination, bref si c’est un complot, les choses changent du tout au tout« . Nous constatons donc une grande disparité entre les interprétations subjectives des événements par les personnages principaux. Pour moi, les hommes sont fâchés avec Haydée car elle représente la libération sexuelle utopique d’une génération plus jeune. Rohmer veut que nous nous interrogions, car ses scènes sont pleines de longues conversations qui expriment des sentiments enfouis au plus profond de notre conscience.

Haydée dans « La Collectionneuse »
  • « Cléo de 5 à 7 » de Agnès Varda.

Agnès Varda était une marginale lorsqu’elle a commencé à faire des films en 1954 : en tant que femme mais aussi en tant que photographe, sans formation professionnelle au cinéma. Mais elle a fini par être une pionnière de la Nouvelle Vague. Elle s’est également intéressée au mouvement féministe en réalisant plusieurs documentaires sur les femmes.

Agnès Varda sur le tournage

J’ai eu la chance de la rencontrer lors de son dernier film « Visages Villages », où je suis apparue en tant que figurante. Elle était là, pour expliquer à tous les figurants ce que nous devions faire, de la manière la plus tendre et patiente, tout en nous proposant de manger des croissants avant de filmer. Et quand on a fini la scène, elle est venue dire merci à chacun de nous.

Le film de Varda, « Cléo de 5 à 7 » incarne les stéréotypes auxquels les hommes soumettent les femmes, et leur oppression. Le personnage principal, Cléo, se plaint que généralement personne ne la prend au sérieux puisqu’il s’agit d’une femme et que les hommes pensent qu’elle simule sa maladie pour attirer l’attention. Elle semble également suivre ces stéréotypes, comme beaucoup de femmes en France à l’époque, se disant essentiellement que la beauté est tout: « tant que je suis belle, je suis vivante ». Le film parle aussi d’existentialisme, alors que le personnage se débat avec son existence et l’éventualité de faire face à sa mort.

Cléo porte du noir

Le film inclut la musique du compositeur Michel Legrand, qui a également travaillé avec le mari de Varda, Jacques Demy.

  • « Les Parapluies de Cherbourg » de Jacques Demy.

Demy est également un réalisateur de la Nouvelle Vague, qui a travaillé avec Legrand sur le chef-d’œuvre musical « Les Parapluies de Cherbourg ». Le film est un hommage nostalgique aux anciennes comédies musicales hollywoodiennes, tout en évoquant des problèmes concrets tels que la grossesse inattendue et la guerre d’Algérie.

Geneviève (Catherine Deneuve) parle avec sa mère en partant


L’année dernière, j’ai eu la chance d’écouter Legrand jouer la musique qu’il a créée pour « Les Demoiselles de Rochefort » (film réalisé par Demy). Sa musique associé à la narration du film est extrêmement charmante et ne vous laisse pas indifférent.

Sœurs dans la vie réelle et dans le film « Les Demoiselles de Rochefort »

Ces cinéastes français de la Nouvelle Vague (dont aussi Alain Resnais, André Bazin, Claude Chabrol et Jacques Rivette, entre autres) ont révolutionné le cinéma à la fin des années 1950, avec des tournages de rue, des mouvements de caméra divers, des histoires simples – parfois autobiographiques -, beaucoup d’improvisation, et pas de règles. Le cinéma gagne en naturel et en simplicité, et le public en avait très envie. La conception du cinéma français change et va jusqu’à influencer de nombreux pays.

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